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Eric Derennes

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Des illusions à la défaite : la marginalisation de la France royaliste

« Nous sommes de fidèles royalistes ; mais nous sommes de grands patriotes et trop faibles en nombre pour donner à la France la monarchie, qui la sauverait ». La Rochette

Le 5 février 1871 eurent lieu les premières élections législatives après la chute du Second Empire. Les circonstances étaient particulières. 30 départements étaient occupés par des armées allemandes, des centaines de milliers d’hommes étaient prisonniers de guerre ; autant d’électeurs éloignés de facto des urnes. Les populations civiles sinistrées étaient touchées par des épidémies (dysenterie, typhoïde, variole) ; les déplacés et les réfugiés se comptaient par milliers. Il restait donc une France réduite, principalement rurale, qui demeurait dans des structures sociales et politiques traditionnelles. La campagne électorale fut de courte durée, voire inexistante et les candidatures oscillèrent entre l’influence des notables implantés de longue date et celle des préfets mis en place par Gambetta poussant des « candidats officiels ». Ajoutons à ces facteurs l’effervescence communaliste (Lyon, Marseille, Narbonne…) qui explique en partie le « raz de marée conservateur » que connurent des régions comme le coeur de Gascogne étudié par Céline Piot. Le fort désir de paix et de stabilité des Français, le bilan plutôt positif de la monarchie durant le premier XIXe siècle, la disponibilité immédiate des notables locaux contribuèrent à faire élire quelque 400 monarchistes dont 182 légitimistes de différentes sensibilités. Pierre Rosanvallon souligne que le pays avait renvoyé « sur les bancs de la nouvelle Chambre plus de représentants des grandes familles que n’en avait jamais compté la monarchie de Juillet ». La restauration de la monarchie par la voie parlementaire fut alors envisagée avec raison comme hautement probable.

La présente étude est pour nous l’occasion de donner un éclairage sur la France royaliste durant ce temps relativement bref de « l’Ordre Moral », entre mai 1873 et octobre 1877. Nous verrons en quoi les légitimistes échouèrent à faire accepter une restauration monarchique avec le retour du roi Henri V, en dépit ou à cause de la philosophie qui sous-tendit « l’Ordre Moral », à laquelle ils souscrivaient et que peut-être ils inspirèrent. Nous appréhenderons, dans les limites de l’exercice, leur progressive marginalisation comme force politique.

Des femmes interpellent les Chambres en faveur de la duchesse de Berry (1832-1833)


Je ne suis rien : un si petit intervalle n’est pas capable de me distinguer du néant ; on ne m’a envoyé que pour faire nombre ; encore n’avait-on que faire de moi, et la pièce n’en aurait pas été moins jouée, quand je serais demeuré derrière le théâtre.

Bossuet, « sermon sur la mort », mercredi 22 mars, IVesemaine du Carême 1662.

Le 7 novembre 1832, la duchesse de Berry fut capturée à Nantes, après avoir provoqué un soulèvement légitimiste en faveur de son fils Henri V dans différents départements. Il se solda par un double échec ; d’abord dans le Midi, puis dans l’Ouest. Emprisonnée à Blaye, la princesse embarrassait le gouvernement et le roi Louis-Philippe. Elle était devenue l’objet et l’enjeu de conjectures politiques. Une campagne de pétitions fut aussitôt lancée pour demander sa libération aux Chambres, aux représentants de la nation. Parmi les signataires des centaines de femmes se distinguèrent. Quelques pétitions furent même exclusivement signées par des femmes appartenant aux différentes classes de la société française. Ces dames entraient en politique par un des moyens qui s’offrait à elles : la pétition. Au cours d’une campagne assez brève, elles tentèrent de « faire nombre » et d’infléchir un pouvoir aux mains des hommes. Cette étude montre comment elles firent alors irruption dans le débat politique et affirmèrent une opinion publique genrée autonome.

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Une campagne de pétitions royaliste pour la libération de la duchesse de Berry (novembre 1832-juin 1833)

« Vous le savez Messieurs, au premier bruit de l’arrestation de Madame, se levant comme un seul homme, la France s’est écriée que Madame soit libre, la loi le veut, la loi l’ordonne ! »(Zozime Bergé, ancien fonctionnaire, pétitionnaire).

Le 25 avril 1832, à Livourne, vers 3 heures du matin, la duchesse de Berry montait à bord d’un bateau à vapeur battant pavillon sarde, le Carlo Alberto, dans le dessein de restaurer par les armes la dynastie des Bourbons. Dans la nuit du 28 au 29 avril, elle débarqua à proximité de Marseille, dans la calanque de Sainte-Croix, à l’ouest de l’actuelle commune de Sausset-les-Pins. « Deux mille volontaires s’étaient inscrits. Il en [vint] deux cents. » Dès le lendemain, la tentative armée de s’emparer de la cité phocéenne échouait. Sans se décourager, la duchesse de Berry entreprit un voyage terrestre rocambolesque vers l’Ouest bocager, afin de mettre en œuvre la deuxième phase de son plan initial : le soulèvement de la Vendée. Elle avait organisé les royalistes français depuis Massa et avait nommé les cadres d’une administration henriquinquiste parallèle. Le marquis Aymar de Dampierre avait ainsi été désigné « commissaire extraordinaire du Roi Henri V dans le dit Departement » de la Charente Inférieure, avec « tous les pouvoirs necessaires [sic] pour y operer le retablissement de l’autorité legitime par les moyens qui seront jugés les plus propres a conduire a ce but ». Dans le monde rural des départements de l’Ouest français, l’esprit de résistance au régime y était favorisé – sinon entretenu – par un bas clergé hostile à une révolution de Juillet nettement anticléricale. Le 1er mai 1832, le général Paul Dermoncourt, qui prenait son poste de commandant en second à Nantes, notait bientôt sans surprise les ferments d’une conspiration armée.

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Les oppositions au Second Empire. Du comte de Chambord à François Mitterrand

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Les légitimistes, le roi et l’Empire (ca. 1852-1870). Le syndrome de la « division mortelle » entre ralliements et oppositions

Dans la France de la deuxième République, le « parti » royaliste ne se présentait pas comme un groupe politiquement homogène. Il était animé par des personnalités indépendantes (Pierre-Antoine Berryer, Alfred de Falloux, Vincent Audren de Kerdrel, Henry de La Rochejaquelein) et travaillé par « des doctrines politiques contradictoires » que le comte de Chambord nommerait bientôt « les diverses nuances de l’opinion monarchiste ». A Ems (1849) puis à Wiesbaden (1850), le prince avait manifesté sa volonté de prendre en main la direction du parti royaliste pour l’unifier, tant « sa division » le privait d’une force politique dans le pays et ôtait du crédit au principe de la légitimité qu’il incarnait. Paradoxalement, si le comte de Chambord se posait en roi de France – donc de tous les Français, il ne pouvait pas échapper à l’image de chef d’un parti d’opposition au président Bonaparte, avant d’être celui d’un parti d’opposition à l’Empire.

 

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https://www.editions-spm.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=62091

Du roi de France au roi des Français (30 juillet-9 août 1830). Usurpation et mutation de la royauté au cœur de l’essor démocratique

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« Mes richesses des rois égalent l’opulence. Environné d’enfants, soutiens de ma puissance, il ne manque à mon front que le bandeau royal. » (Racine, Esther, 1689, acte II, scène I, v.523-525)

La révolution de 1830 fut une crise politique et une rupture dynastique au cœur de l’essor démocratique. Les députés libéraux jouèrent un rôle décisif en favorisant l’avènement d’une monarchie constitutionnelle appuyée sur la représentation nationale avec un roi garant de la Charte. Concomitamment, le duc d’Orléans captait une couronne que le « parti » royaliste destinait au duc de Bordeaux. La question polémique d’une usurpation marquait ce temps de mutation de la royauté française.

 

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https://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=PARL2_026_0205

 

« On veut le Roi ! » Le royalisme populaire entre projet politique et expression identitaire (1873-1874)

L’été 1873 vit les royalistes fourbir leurs armes en vue d’une restauration qui ne semblait plus devoir attendre

« Le mouvement pétitionnaire de 1873-1874 en faveur de la restauration de la monarchie traditionnelle s’inscrit dans un contexte général incertain, où la question du choix du régime politique de la France restait posée.

À l’approche de la rentrée parlementaire du 5 novembre 1873, des dizaines de milliers de signataires anonymes firent irruption dans l’espace politique pour tenter d’influer sur la décision de la Chambre. La pétition apparaît aussi comme l’affirmation d’une opinion et d’une identité. Les bocages du grand Ouest, le Nord et le Midi dessinèrent les contours d’une France royaliste, largement interclassiste et habituellement muette. Elle s’était emparée d’un droit immanent écrit par les révolutionnaires en juillet 1789 pour restaurer un pouvoir transcendant séculaire.

Comment le peuple royaliste a-t-il ainsi opéré son entrée dans le débat politique sur le choix du régime à travers l’usage pétitionnaire ? S’il n’a pas obtenu gain de cause, ce mouvement original nous révèle une empreinte identitaire profonde dans le paysage sociologique français des années 1870… »

 

En attente de publication des actes du colloque international sur les pétitions.

http://acp.u-pem.fr/rencontres/archives/rencontres-2010-2013/petitionner/programme/

Le mouvement pétitionnaire pour la restauration d’Henri V (automne 1873-hiver 1874)

Tactique politique et expression d’un légitimisme populaire 

 

« Le mouvement pétitionnaire de 1873-1874 en faveur de la restauration de la monarchie traditionnelle s’inscrit dans un contexte général confus et incertain. Certes, en juillet 1873, le quart nord-est du territoire français était enfin libéré de l’occupation des armées allemandes et, en septembre, l’indemnité de guerre était soldée. Cependant, au traumatisme collectif et durable de la défaite militaire s’ajoutait celui de la Commune de Paris, l’ensemble impressionnant durablement les esprits. La paix revenue, le soulagement ressenti par l’opinion publique demeurait fragile. Il était fâcheusement contrebalancé par le caractère provisoire des institutions du pays qui inquiétait nombre de Français. La croissance ralentie de l’économie française depuis 1860 contribuait à l’entretien de la morosité ambiante en même temps qu’elle déclassait progressivement la France au sein du groupe des puissances industrielles… »

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http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=RHIS_121_0049&DocId=75915&hits=14104+14103+14015+14014+25+24+23+22+

La Saint-Henri en France (1821-1847)

Quelques éléments sur la légitimité le pouvoir et la Sainteté entre l’enfance et l’exil

« Ebranlé par les développements révolutionnaires d’un quart de siècle, le trône des Bourbons espéra trouver dans la naissance du Duc de Bordeaux le matériau pour construire un royalisme populaire, suivant en cela l’idée émise par le ministre de la Police de la deuxième Restauration, le comte Decazes : « royaliser la nation, nationaliser le royalisme ».

« Le 29 septembre 1820, la naissance inespérée du duc de Bordeaux rassure la monarchie », souligne avec justesse Jean-Pierre Bois. Progressivement, un deuxième événement s’affirma comme le liant nécessaire à cette réalisation ambitieuse : la fête de la Saint-Henri. La Restauration avait permis que les champs croisés du sacré et du profane s’exprimassent par des temps religieux et des festivités royales autour des saints protecteurs de la monarchie comme autour du culte des grands ancêtres. La Saint-Henri alliait avec profit la célébration de « l’enfant du miracle » , le duc de Bordeaux, et celle du grand aïeul, le roi Henri IV, notamment par le vecteur du théâtre. L’affermissement et l’avenir de la monarchie semblaient assurés par la combinaison d’un prince vierge des drames de la Révolution et d’un roi érigé en mythe de la (re)construction d’une unité nationale… »

 

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http://www.brepolsonline.net/doi/abs/10.1484/J.RHEF.3.15

 

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