
« Nous sommes de fidèles royalistes ; mais nous sommes de grands patriotes et trop faibles en nombre pour donner à la France la monarchie, qui la sauverait ». La Rochette
Le 5 février 1871 eurent lieu les premières élections législatives après la chute du Second Empire. Les circonstances étaient particulières. 30 départements étaient occupés par des armées allemandes, des centaines de milliers d’hommes étaient prisonniers de guerre ; autant d’électeurs éloignés de facto des urnes. Les populations civiles sinistrées étaient touchées par des épidémies (dysenterie, typhoïde, variole) ; les déplacés et les réfugiés se comptaient par milliers. Il restait donc une France réduite, principalement rurale, qui demeurait dans des structures sociales et politiques traditionnelles. La campagne électorale fut de courte durée, voire inexistante et les candidatures oscillèrent entre l’influence des notables implantés de longue date et celle des préfets mis en place par Gambetta poussant des « candidats officiels ». Ajoutons à ces facteurs l’effervescence communaliste (Lyon, Marseille, Narbonne…) qui explique en partie le « raz de marée conservateur » que connurent des régions comme le coeur de Gascogne étudié par Céline Piot. Le fort désir de paix et de stabilité des Français, le bilan plutôt positif de la monarchie durant le premier XIXe siècle, la disponibilité immédiate des notables locaux contribuèrent à faire élire quelque 400 monarchistes dont 182 légitimistes de différentes sensibilités. Pierre Rosanvallon souligne que le pays avait renvoyé « sur les bancs de la nouvelle Chambre plus de représentants des grandes familles que n’en avait jamais compté la monarchie de Juillet ». La restauration de la monarchie par la voie parlementaire fut alors envisagée avec raison comme hautement probable.
La présente étude est pour nous l’occasion de donner un éclairage sur la France royaliste durant ce temps relativement bref de « l’Ordre Moral », entre mai 1873 et octobre 1877. Nous verrons en quoi les légitimistes échouèrent à faire accepter une restauration monarchique avec le retour du roi Henri V, en dépit ou à cause de la philosophie qui sous-tendit « l’Ordre Moral », à laquelle ils souscrivaient et que peut-être ils inspirèrent. Nous appréhenderons, dans les limites de l’exercice, leur progressive marginalisation comme force politique.
Suite de l’article pages 129-141, « l’Ordre Moral 1873-1877, royalisme, catholicisme et conservatisme ». Les éditions du Cerf : octobre 2025
https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/21064/L-Ordre-Moral-1873-1877


